ellyance
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Extrait 1 : "Nefertiti"

C’est ma période Néfertiti. Je vois le monde de profil, la tête irréductiblement tournée à soixante-quinze degrés vers l’ouest. Si encore c’était mon meilleur profil ! Mais impossible de le savoir puisque je ne peux me regarder de face dans un miroir ! Dans le même ordre d’idée, la toilette relève de l’opération périlleuse. Se baisser pour récupérer le savon qui a glissé dans la douche occasionne des heurts à répétition de la tête et des membres. Se laver les dents implique un bras droit quasi télescopique, puis de tourner le buste vers la droite pour cracher le dentifrice en visant le lavabo, sous peine de souiller le carrelage de la salle de bain. Un moyen de faire travailler la flexibilité de la colonne vertébrale me direz-vous. Et vous aurez raison : autant trouver des occasions de se réjouir ! Autre découverte : je constate avec stupeur que je ne peux plus me raser les aisselles avec mon Bic jetable car cette opération exige une mobilité du cou en 2 D que je n’avais jamais soupçonnée ! Comme il est impensable de laisser cette zone de mon intimité à la merci des broussailles pileuses, je passe un temps ahurissant à cette activité autrefois expédiée. Au fil des mois, l’atelier rasage deviendra le témoin lumineux de mes progrès et rechutes !

Extrait 2  : "L'interrupteur"

J’ai l’impression d’avoir trouvé une sorte d’interrupteur. Même si ce répit est de courte durée - environ un quart d’heure -, je sais désormais avec certitude que guérir s’apparente à une sorte de commutateur. Puisqu’on tombe malade (position off), on peut se relever guéri (position on). A moi de trouver le bouton et d’appuyer dessus ! Je réalise également que la maladie est la seule solution qu’a trouvée mon cerveau pour m’empêcher de mourir. Si la surtension provoque la mort, alors la maladie, telle un dérivatif, devient supplément de vie. Dès lors le problème de santé se présente comme un allié. Ce changement de paradigme modifie profondément ma perception des choses : pas question d’être dans la plainte, je suis désormais dans la gratitude. Yessss !!!!!

A partir de ce jour, rejaillit en moi une étincelle de vie que je croyais irrémédiablement éteinte. Je comprends que ma guérison passe par l’alignement de mes aspirations avec mes choix de vie, et implique d’arrêter de repousser à demain des décisions qui s’imposent aujourd’hui. Bref, je dois faire preuve de courage.

 

Extrait 3 : "les cadeaux"

Malgré la souffrance physique et l’angoisse d’un avenir devenu incertain, la dystonie, bonne fille, se fait pardonner en m’offrant des cadeaux sans prix : du temps, de l’amour de soi, un rythme plus respectueux. Dans cette perspective, le retour à la santé signifie inconsciemment mettre un terme à cette routine rassurante et bienfaisante, subir à nouveau les contraintes d’un emploi du temps déraisonnable, retrouver une activité professionnelle qui a perdu peu à peu son sens à mes yeux, renoncer à ce lien privilégié à moi-même. En ai-je vraiment envie ? D’évidence, la réponse est non. Et si rester malade me permettait de prolonger cette trêve, cette parenthèse presque enchantée ? Et si le danger n’était pas de continuer à souffrir mais bien que la souffrance s’arrête? Ce questionnement me tétanise d’effroi car je perçois que la guérison réelle se joue dans ces interstices psychologiques.

 


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